Les mots sont importants

Posted by: on Déc 21, 2013 | No Comments

Si les dénominations ne sont pas correctes, si elles ne correspondent pas aux réalités, le langage est sans objet. Quand le langage est sans objet, l’action devient impossible, et, en conséquence, toutes les entreprises humaines se désintègrent: il devient impossible et vain de les gérer. C’est pourquoi la toute première tâche d’un véritable homme d’État est de rectifier les dénominations.

Confucius

La dictature du simple

Posted by: on Déc 21, 2013 | No Comments

Nous vivons moins dans une société de la connaissance que dans une société qui est à l’aise avec la technique. Nous utilisons avec aisance les appareils conviviaux issus des nouvelles technologies; mais sans presque rien savoir des principes scientifiques dont elles découlent. Par leur facilité d’usage, les nouvelles technologies sont devenues des produits masquants de la science. Alors qu’il faut du temps pour comprendre la science. Aujourd’hui la science est victime d’une crise de la patience qui touche tous les secteurs de la vie sociale. Pour aborder la science, il est indispensable de disposer d’un langage riche, capable non seulement de dénoter mais aussi de connoter, un langage qui donne sa part à la raison et sa part à l’émotion… bref, une véritable langue de culture et non pas une langue de service. Einstein disait: il faut rendre les choses simples, autant que possible, mais pas plus simples. On ne peut se départir d’une certaine inquiétude sur le sort du langage, tel qu’il est soumis désormais aux standards de la technique. Il se voue aux simplifications. Jean-Michel Besnier écrit [L’homme simplifié. Le syndrome de la touche « étoile », Fayard]: « Quand l’homme et la machine fonctionnent de concert, la seconde impose au premier son format, qui se trouve ainsi limité et mutilé dans sa capacité à dire et à accueillir l’étrange, le nouveau, le subtil ou l’étonnant. » Les technologies dites ‘intelligentes’ nous rendent un peu bêtes.

Etienne KLEIN, Non à la dictature du simple, France Culture, La chronique du jeudi, billet dans l’émission du matin, 8 novembre 2012.

Gérer l’incertitude

Posted by: on Déc 21, 2013 | No Comments

La société de la méconnaissance.

Je relève une très intéressante tribune du philosophe espagnol Daniel INNERARITY, qu’il intitule Le retour de l’incertitude (El Pais, 7 octobre 2008).

Il y souligne que, dans la crise que nous vivons aujourd’hui, ce qui s’achève c’est bien une certaine conception de notre savoir sur la réalité sociale et de notre capacité à décider à son sujet.

Jusqu’ici, les décisions se prenaient sur la base d’un savoir jugé comme certain. Ce qui est nouveau, c’est qu’il faut nous habituer à l’instabilité et à l’incertitude, que ce soit dans les prédictions des économistes, le comportement du marché ou l’exercice des leaderships politiques.

Il propose de nommer la société d’aujourd’hui, non plus société de la connaissance, mais société de la méconnaissance.

Une société qui est toujours plus consciente de son non-savoir et qui avance, plutôt qu’à accroître ses connaissances, en apprenant à gérer la méconnaissance dans ses diverses manifestations : insécurité, vraisemblance, risques et incertitudes.

Des formes nouvelles et diverses d’ignorance apparaissent qui n’ont rien à voir avec ce qui n’est pas encore connu, mais plutôt avec ce qu’on ne peut pas connaître (l’inconnaissable).

Pour les entreprises qui établissaient leur plan stratégique sur l’ensemble le plus rationnel possible de connaissances (économiques, industrielles, celle de leur environnement compétitif, du marché, des compétences humaines,…) cette analyse est une vraie révolution. La planification stratégique doit prendre en compte, de plus en plus, l’ incertitude sous toutes ses formes: hypothèses économiques, insécurité environnementale et sociale, accident climatique et industriel, prise de position politique démagogique, risques sanitaires,…

Daniel Innerarity insiste: paradoxalement, nous aurons à faire plus que jamais à la science, mais à une science capable de recourir à des théories qui manient des modèles de vraisemblance mais sans aucune prévision exacte à long terme. Jusqu’ici nous pensions accumuler naïvement les savoirs, les connaissances; nous pensions que les nouveaux savoirs s’ajoutent aux précédents sans poser de problèmes, de telle façon que l’espace de l’inconnu se réduise et s’accroisse la possibilité de mesurer le monde.

L’ignorance, le non-savoir aujourd’hui ne provient pas d’un manque d’information, mais bien plutôt du fait que, avec l’avancée de la connaissance et précisément en vertu de cette croissance, le non-savoir s’accroît d’une façon plus que proportionnelle.