S’arrêter

S’arrêter

Posted by: on Juin 9, 2017 | No Comments

Il faut évidemment accepter une condition préalable qui, elle aussi, est un défi à notre époque: celle de l’arrêt. Il faut suspendre un instant le tourbillon de l’action, le mouvement de notre hâte inquiète, assourdissante, s’immobiliser, et laisser s’ouvrir cette étrange promesse comme on voit s’ouvrir une graine …

Philippe Jaccottet, Tout n’est pas dit.

Je répète donc, avec Claude Lévi-Strauss et avec le vieux Papou que j’évoquais dans le Marché XXIX: il n’y a plus rien à faire. Peu me chaut que des agités de tout poil me contredisent en entassant plans, projets et perspectives dûment badigeonnés de pieuses intentions. L’incapacité où ils sont de s’arrêter, centrifugés qu’il sont dans la roue de leur loterie, est à mes yeux la preuve que cette prétendue action n’est qu’une bruyante inactivité. (…) Une action digne de ce nom se reconnaît à ce qu’elle commence et à ce qu’elle finit: sept jours pour la Création, dont un de repos, aucun dépassement de temps ni d’honoraires.

Jean Sur, le Marché de Résurgences XXXIX

La légitimité du processus décisionnel

La légitimité du processus décisionnel

Posted by: on Juin 6, 2017 | No Comments

Des événements qui sont encore dans toutes les mémoires, largement médiatisés, autour de grands projets d’aménagement décidés par les gestionnaires et les pouvoirs publics (l’aéroport ND des Landes, le barrage de Sivens, le Center Parc de Roybon, le site de la future Technopole Agen-Garonne) ont mis en évidence une nouvelle forme de contestation de la légitimité de la décision politique.

Bien sûr, cette contestation se fonde sur des motivations très générales de défense de l’environnement naturel et de promotion d’un développement alternatif, pour d’autres modèles économiques et sociaux.

Mais elle se déploie aussi sur les ruines de la légitimité politique : une grande majorité des Français ne fait plus confiance à ses élus.

Le Baromètre de la confiance politique (CEVIPOF) indique, depuis 2009, des chiffres inquiétants : en 2016, 70% des personnes interrogées considèrent que la démocratie ne fonctionne pas très bien ou pas bien du tout contre 49% en 2009 (+21 points). L’opinion négative vis-à-vis des responsables politiques, si elle se situe déjà à un niveau très élevé en 2009, empire encore jusqu’en 2016 : 89% d’opinions négatives contre 83% (+6 points).

Elle pose plus fondamentalement la question de la légitimité du processus décisionnel, quand il relève des collèges d’élus, ou de gestionnaires associés et/ou mandatés par eux.

Qui peut juger de la légitimité d’une décision politique ?

Le processus démocratique traditionnel de la décision légitime se fonde sur 4 étapes (chrono)-logiques : l’élection, la délibération, la décision, la reddition des comptes.

Ce qui est nouveau aujourd’hui, ce sont les processus de codécision, de collaboration, de coopération, de conférence de consensus. La co-construction, fondée sur une large participation, serait la plus « authentique » ? La plus efficace ? Voire la plus légitime ?

Pourtant, la décision en nombre ne garantit pas la validité de la procédure participative :

  • Qui sera, en fin de compte, responsable de la décision (reddition des comptes) ?
  • Quel sera le sort de sujets/dossiers qui n’intéressent pas le collectif ?
  • Sommes-nous égaux par rapport à la disponibilité pour traiter tel ou tel sujet ?
  • Quelle est la motivation de ceux qui participent réellement au processus ?
  • Comment prendre en compte les acteurs, les usagers, les experts et les citoyens ordinaires ?
  • Le volontariat n’entraîne-t-il pas une surreprésentation des plus motivés (militants) ?

Une des formes proposées aujourd’hui est celle du tirage au sort. Voyez à ce sujet les travaux d’Etienne Chouard ou David Van Reybrouck.

Il est important de distinguer deux étapes dans le processus de décision efficace : la délibération (collective, participative) puis la décision (unique, responsable pour l’avenir).

Nous sommes au tout début de la mise en pratique des « conférences de consensus » (le collectif). Il faut encore résoudre un certain nombre de difficultés, dont celle des résistances (à entrer dans ce type de processus délibératif). De plus, cela implique que toute une ingénierie sociale reste à mettre en place.

L’éthique

Posted by: on Déc 21, 2013 | No Comments

Le sens de nos actions apparaît dans leurs effets ultimes.

Jean-Pierre Vernant

Günther Anders (*) appelait à un travail d’accroissement de notre faculté d’imagination, pour que nous soit enfin représentable l’effet total de ce à quoi nous collaborons. Car à quelque niveau que ce soit, et surtout aux plus hauts, dont la suractivité est à soi-même sa propre justification, nous sommes trop occupés à nourrir l’état de choses pour avoir même l’idée que réfléchir, et donc peut-être s’arrêter, soit encore possible.

Introduction à Désuétude de la méchanceté, in Conférence n°9, 1999.

(*) G. Anders, philosophe allemand, 1902-1992