On assiste à un prodigieux gâchis, et à une prodigieuse destruction de l’expérience. Sans doute suffirait-il de fermer la nuit ; et le jour, d’écouter sans bruit, sans écho, et de recentrer, d’unifier en soi pour comprendre. Oui, trouver l’exacte région de la responsabilité, et s’y vouer.
C. Carraud

Au-delà des questions techniques, il nous apparaît que la principale difficulté du travail sur la responsabilité sociétale et environnementale tient à la fois à une question d’ordre philosophique (« penser par soi-même ») et à une question d’ordre psychologique (« assumer sa propre inquiétude »). C’est alors un travail qui oblige chacun.e à sortir de ce que l’entreprise a d’anonyme. Il s’agit soudain d’un enjeu qui excède le domaine moyen du collectif parce qu’il convoque la responsabilité personnelle. La perspective de ce monde que nous nous apprêtons à léguer aux « générations futures » nous frappe tout à coup d’une inquiétante réalité très concrète qui nous convoque sur un plan personnel.

Cette prise de conscience nous éjecte hors de notre opérationnel quotidien, l’efficience n’est plus la donnée majeure, on n’est plus dans l’ordre de l’avoir – obtenir des résultats -, mais dans l’ordre de l’être. Tout à coup, il s’agit bien de se remettre personnellement en question, d’être capables de se poser des questions, et des questions existentielles. Ce travail sur la responsabilité implique une capacité de penser comme une capacité de retour sur soi, sur ses propres pratiques, sur sa vie, sur ses peurs et ses espoirs. C’est une démarche incarnée.

Nous comprenons que la difficulté de ce travail se situe à un niveau qui n’est plus vraiment le niveau opérationnel. Trouver des solutions pratiques à des problèmes précis n’est pas très difficile : il faut s’engager dans des démarches normalisées, suivre des parcours balisés, répondre à des guides de bonnes pratiques,… Par contre, travailler sur un changement psychologique (sortir par exemple des angoisses liées à la possession, accepter de se défaire de …, de lâcher-prise) ou philosophique (adopter une posture de réflexion bénévole) est un autre défi.