Le Grenelle, … mais ensuite ? Une opportunité pour les entreprises.

En 2010 (promulgation de la loi dite “Grenelle II”), le Grenelle de l’environnement a bousculé les habitudes et modifié les jeux de rôles. Il a engagé un processus dans lequel des acteurs qui ne se connaissaient pas ou qui ne s’étaient plus rencontrés depuis longtemps se sont retrouvés autour de la table de négociation et ont très largement débattu. Ce qui fait déjà la force de ces rencontres, c’est la dynamique du partage d’expériences, des échanges, de la construction intellectuelle, de la faculté prospective, … même si les participants ont le sentiment d’être restés en marge d’un vaste chantier inabouti , dans la confusion de l’urgence et dans la perplexité qu’engendrent les arbitrages politiques ! La principale faiblesse du Grenelle, c’est probablement le manque de représentation démocratique, le fait que les élus en aient été exclus et que les associations – notamment les associations de protection de l’environnement, fortes de leurs convictions – n’y ont représenté souvent qu’elles-mêmes.Nous ne rentrerons pas dans le débat de la pertinence des mesures proposées, retirées, amendées, finalement adoptées, … ni de la façon dont les décisions, les prises de position, les espoirs et les craintes nés dans le Grenelle seront suivis d’effet.

Ce qui nous intéresse est plutôt ceci.

Je pense qu’il est important pour les entreprises – qu’elles soient confrontées directement ou non à des mesures négociées dans le cadre du Grenelle -, de franchir une étape et de prendre position dans une dimension supérieure.

La crise financière et économique ne fait que souligner ce que nous savions déjà depuis longtemps : notre rapport à l’environnement comme notre rapport à l’autre sont en crise. La même logique alimente la cupidité ou le gaspillage, la disqualification, la discrimination ou l’absence de scrupules. Patrick Viveret nomme DCD (dérégulation, compétition à outrance, délocalisation), le modèle qui fait aujourd’hui la preuve qu’il est incapable de traiter la question sociale, la question économique et la question écologique.

Or, aucune entreprise ne peut sérieusement envisager sa pérennité si elle ne s’engage pas à respecter certaines valeurs, à assumer sa responsabilité, celle qu’on appelle « environnementale et sociale ».

Dépasser le Grenelle et son avenir politique, c’est élaborer un nouvel art de confronter des points de vue. P. Viveret nous le rappelle : l’invention de nouveaux modes démocratiques passe par un changement radical, celui de la collaboration conflictuelle. Nous devons passer d’une logique d’ennemis à une logique d’adversaires, dans laquelle le conflit peut exister mais de telle manière que le travail sur des objets communs soit possible !

Les entreprises devraient alors saisir l’opportunité ouverte par le Grenelle pour prendre position : une position active et positive, qui leur permette de sortir de l’espace de défense qu’elles ont construit – notamment avec l’aide des conseils en lobby. Il ne s’agit plus de contrer des mesures techniques, ni d’élaborer un catalogue de bonnes intentions, mais d’entrer dans une logique de confrontation créative avec toutes les parties prenantes : les pouvoirs publics, les utilisateurs, les politiques, les ONG, …

Les entreprises sont les seules à disposer d’énormes moyens en termes de compétence, d’expertise, d’intelligence concrète, de gisement de savoirs, de solutions pragmatiques, …. Elles peuvent mettre ces moyens au service d’un vaste mouvement d’écologie politique, dont elles seraient très concrètement les leaders : s’engager d’abord sur une vision globale de la société, participer à une réflexion de fond sur notre avenir, élaborer des solutions responsables, les faire partager.

A condition d’accepter de vivre et de construire, avec des partenaires dont les intérêts immédiats semblent très éloignés, un désaccord fécond. Nous serions alors bien dans une dynamique de force plutôt qu’un rapport de force : c’est l’amorce de l’intelligence démocratique.

Je vois là une occasion unique pour dégager les entreprises des zones du soupçon et les engager dans un processus légitimé de restauration de leur image, de réhabilitation de leur véritable valeur : celle qui crée de la richesse, pérenne, pour toutes leurs parties prenantes.

Je crois aussi que, même si nous ne le savons pas encore, il n’y a pas d’autre issue possible.