Depuis de longues années, nous avons été habitués à considérer la compétition comme « naturelle » et la coopération comme « idéologique ». L’évaluation de la performance est individualisée. Mais avec cette injonction contradictoire : il faut fédérer des équipes, travailler en groupe, renforcer l’efficacité collective. Cette contradiction est très souvent la source d’un malaise profond dans les organisations. Elle met au jour les faiblesses d’un système fondé sur la position purement dogmatique du « chacun pour soi », sur l’axiomatique de l’intérêt (A.Caillé).

Depuis peu, un mouvement de fond se dessine : le retour du commun. Et pas seulement dans les espaces – très récents – de coworking. Des études de plus en plus nombreuses convergent pour mettre en évidence la vitalité, la richesse, la nécessité de la coopération. P.Servigne et G.Chapelle ont publié une synthèse sur ce qu’ils nomment l’autre loi de la jungle. Ils présentent les progrès fulgurants que plusieurs disciplines (biologie, botanique, anthropologie, psychologie, économie, sociologie) ont réalisés ces dernières années. La conclusion est sans appel : dans l’ordre du vivant, des sociétés bactériennes aux sociétés humaines, la coopération est hiérarchiquement supérieure à la compétition.

Il devient alors tout à fait passionnant de travailler sur un nouvel équilibre entre l’individu et le commun. C’est entre des personnalités fortes, entières, bien assurées que s’établit une coopération riche, une confrontation créative. C’est l’expérience de la rencontre – avec tout ce qu’elle comporte d’écart, de tension, de diversité -, qui donne consistance au commun.